Il fait froid, et je suis dehors,
là, assise sur ce banc en pierre, celui de notre adolescence, à
t’écrire cette dernière lettre comme je me l’étais
promis. Je suis à la fois dégoûtée et furieuse ; dégoûtée
d’avoir été ainsi trompée et furieuse contre moi-même
d’avoir cru à tes multiples promesses. Tu m’avais
promis qu’on s’écrirait toutes les semaines et
maintenant, je me retrouve à converser seule depuis six mois. Tu
m’avais promis qu’on se reverrait souvent mais
qu’en est-il, depuis ce jour, celui pendant lequel j’ai
pleuré pour toi… Je te mentirai si je disais que tu ne me
manques pas, je te mentirai si je te disais que je ne t’aime
plus comme avant mais je te mentirai aussi si je te disais que je
ne t’en veux pas. Je ne saurai te décrire ce que je ressens
en ce moment. J’aurai voulu que jamais cet instant arrive,
celui où je t’écrirai quand j’en avais marre
d’attendre après toi, mais maintenant, c’est le cas.
C’est fini à présent. J’ai décidé de t’oublier et
de ne plus vivre dans le passé… Vu que c’est ce que tu
sembles avoir déjà fait de ton côté. Et c’est comme ça, sur
ces derniers mots au goût amer de l’adieu, que je
t’abandonne à mon tour dans mon passé. Et cela pour toujours.
Mais tu resteras tout de même mon meilleur souvenir.
Mon futur est encore une page blanche qui n’attend que moi
pour que j’écrive dessus.
Adieu.

L’hiver avait été rude et était encore un peu présent en ce début de mois de mars. Le ciel était déjà un peu ensoleillé mais le vent froid qui filtrait à travers les fenêtres grandes ouvertes lui giflait les joues. Tenant encore l’enveloppe dans ses mains, plissant et replissant le papier blanc, le temps de quelques minutes, Gabrielle laissa tomber son masque de calme et de sérénité. Des larmes de désespoirs profitèrent de ce moment de faiblesse pour jaillir de ses yeux ; des sanglots intarissables la secouaient de spasmes irréguliers. Puis finalement, se sentant incapable d’y venir à bout, la jeune femme déchira son courrier. Elle voulait encore garder espoir, en s’accrochant à ce dernier lien qui la reliait à William. Fermant les yeux, elle se souvint, quelques mois auparavant... Dans cette même chambre d’appartement.


