05  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:12

 

« Ce n'est pas prudent de rester dans un cimetière la nuit. »
Gabrielle sursauta et étouffa un cri avant de se reprendre. Elle s'était endormie et la nuit était déjà tombée. Plongée dans cette obscurité, le cimetière n’était plus l’endroit paisible où l’on venait se recueillir.

 

 

Un jeune homme était debout, penché sur elle. Le coin de sa bouche se releva en une esquisse de sourire et ses yeux brillèrent de malice.
Le soleil avait disparu à l'horizon, emportant avec lui les derniers rayons chauds et pesants.
L'inconnu la dévisageait encore de son regard inquisiteur puis il s’accroupit à son niveau. Elle ne fit pas mine de reculer, apeurée mais la frayeur était là. L'homme se pencha davantage et elle put enfin voir son interlocuteur. Il était aussi jeune qu'elle, grand et blond. Son visage était agréable au regard et la jeune femme le détailla, rougissante.
Brusquement, une ombre, furtive et agile, frôla le bras nu de Gabrielle, la faisant tressaillir. Elle se blottit d'instinct dans les bras de cet inconnu. Il lui sourit, amusé, et lui ébouriffa d'un geste tendre les cheveux. Ce geste l'émut. Il n’y avait que William pour lui caresser les cheveux avec tant d’affection. Mais il n'était plus là.

 

 

Le jeune homme était secoué de spasmes irréguliers et semblait étouffer des gémissements. La jeune femme eut un mouvement de recul. Il... riait ?
« Tu dors dans un cimetière et un chat de gouttières te fait peur ? Vraiment, je n'ai jamais vu ça ! S'esclaffa-t-il. »
Gabrielle se renfrogna et repoussa virulemment l'inconnu qui riait encore.
« Il y a un problème à ça ? Attaqua-t-elle.
- Ça va, ça va, je m'excuse mais c'est tellement risible ! »
Doucement, sans la brusquer, le jeune homme la repris dans ses bras. Gabrielle pouvait le repousser. Mais elle ne le fit pas. Il ressemblait tellement à William. Pas physiquement, mais par sa douceur, par son rire et son sourire... Alors elle décida de lui faire confiance. Tant pis s’il lui arrivait quelque chose. Rien que pour retrouver cette sensation, elle aurait tout donné. Alors, capitulant, elle ferma les yeux.
Le jeune homme calqua sa respiration sur celle de la jeune femme pour que des deux souffles, n'en reste plus qu'un. Leur symbiose était parfaite. Capturée par la chaleur humaine, bercée par la douce brise de vent alors que l’homme lui chuchotait à l’oreille une chanson, Gabrielle se rendormit, rejoignant la belle Morphée. Son sommeil était sans rêve ni cauchemar. Un sommeil sans vie. Cette nuit-là, le ciel était constellé d’étoiles.

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06  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:13


Le lendemain matin, ne restait de l'inconnu qu’un souvenir de son étreinte. Ses mains autour de son corps. C’était impossible que ça dure. C’était impossible qu’elle reste pour l’éternité dans les bras de cet inconnu rien que pour se croire dans les bras d’un autre.
« Apparemment, c’est l’heure de rentrer… »
Gabrielle soupira de dépit. Alors qu’elle se levait, un enfant vint la percuter de plein fouet.



 

« Désolée madame, je n’ai pas fait exprès, s’excusa le garçon.
- Ce n’est pas grave, bonhomme. »
L’enfant la fixait. Gabrielle ne put s’empêcher de sourire tendrement face à cette bouille angélique et innocente.
« C’était qui ? Demanda-t-il brusquement, sans savoir qu’il était impoli. »
Une élégante dame s’approcha également et posant sa main sur l’épaule du garçon, intervint :
« Chéri, ce n’est pas une question à poser. »



 

Cette voix. Ce visage. Que le monde est petit… Le choc passé, Gabrielle se figea et son visage se ferma.

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07  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:15

 

C’était tôt le matin. Si tôt que le soleil lui-même dormait encore. La rue était silencieuse. Seuls quelques oiseaux matinaux piaillaient dans le ciel brumeux. Un cri déchira le silence paisible de cette aube de printemps.
« Maman ! Ne me laisse pas ! Braillait l’enfant en pleurant à chaudes larmes. »

 


La fillette s’accrochait désespérément à la jupe de sa mère. Mais les mains d’adulte de celle-ci furent plus fortes, plus fermes.
Alice poussa sans ménagement l’enfant sur la banquette arrière de la voiture et claqua vivement la portière. Elle se pencha par-dessus la vitre avant et dit :
« Prenez ce chèque et embarquez l’enfant. J’espère que ce montant sera suffisant.
- Oui, madame. Nous l’amènerons à l’orphelinat de la ville voisine. Elle ne risque pas de revenir par ici. »
Gabrielle assistait impuissante à cet échange. Comment pouvait-on vendre son enfant ? La fillette se recroquevilla sur la banquette en cuir et enfouit son visage entre ses genoux, dissimulant son visage ravagé.
« Maman… Sanglotait-elle. »
« Je ne suis pas ta mère » furent les derniers mots d’Alice à Gabrielle. D’une mère à une fillette qu’on abandonnait. D’une mère à une fillette qu’on dénigrait.
« Ne me laisse pas… Je t’en supplie… Ne me laisse pas… »
Et la voiture démarra.

 


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08  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:16

 

« C’était mon père, lâcha amèrement la jeune femme. »
Gabrielle fixa droit dans les yeux cette femme puis tourna les talons et quitta le cimetière. Elle marchait lentement, plaçant un pied devant l’autre.

 

 

Qu’est-ce qu’elle attend pour me rattraper ? Pensait Gabrielle. Qu’est-ce qu’elle attend pour crier mon prénom et me dire de m’arrêter ? Qu’est-ce qu’elle attend ?!!
La jeune femme franchit le portail. Et était-ce vraiment possible qu’Alice ait tellement voulu l’oublier qu’elle l’ait réellement effacée de sa mémoire ? La jeune femme remontait déjà la rue en courant, les yeux plein de larmes et la gorge serrée.

 

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09  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:18

 

 

A peine eut-elle franchi la porte qu’une poigne de fer la saisit par le bras.
« Où étais-tu passée, cette nuit, Gabrielle ?
- Ce ne sont pas tes affaires.
- Oh que si. Jusqu’au jour où tu quitteras cette maison, tes affaires seront les miennes. Ne crois pas que, parce que tu as dépassé la majorité, tu peux faire ce qui te plait. »
Gabrielle, sous l’effet de la colère suite à la rencontre inopinée avec sa mère biologique, avait envie de balancer à Hélène « Fous moi la paix, je ne suis pas ta fille. » mais elle savait que c’était mal alors elle se gifla intérieurement d’avoir pensé à ça. Hélène l’avait aimé bien plus et bien mieux que sa véritable mère. La jeune femme souffla doucement, se maîtrisant et clôt ses paupières le temps d’évacuer son surplus de haine.
« Hélène, intervint le maître de maison, laisse-lui un peu plus de liberté.
- Je vais dans ma chambre, dit en s’éclipsant la jeune femme, mettant fin à la conversation. »
Dans le couloir, Gabrielle entendait déjà ses parents adoptifs se disputer, l’un la défendant, l’autre affirmant que Gabrielle devenait insupportable.
La jeune femme s’allongea sur son lit, fixant le plafond qui était orné d’étoiles, de lunes et de planètes phosphorescentes qu’elle avait collées avec Matthieu à son arrivée dans cette maison.

 

 

Des coups à la porte. Elle fit entrer en se redressant pour s’assoir au bord du lit.
« Tu sais, Hélène ne voulait pas vraiment t’exaspérer. C’est juste qu’elle s’inquiète beaucoup à ton propos. Elle dit que tu as beaucoup changé depuis… depuis qu’il est parti. Tu sors de plus en plus, tu reviens tard et…
- Ça va, je suis juste allée voir mon père, murmura Gabrielle, lassée.
- Je sais… Ça fait déjà dix ans, c’est ça ?
- Oui.
- Mais… pourquoi en faire tout un plat ? Il aurait suffit de le dire, Hélène n’en aurait pas demandé plus. »
Gabrielle hésita, laissant cette atmosphère silencieuse se prolonger.
« Ce n’est pas que ça, pas vrai ? Elucida-t-il. Et tu ne veux pas en dire plus, n’est-ce pas ? »
Elle sourit doucement et opina. Matthieu l’avait toujours compris ; entre eux, il n’y avait pas besoin de mots. Mais il ne pouvait pas non plus deviner que Gabrielle avait revu sa mère biologique. Surtout que dix années étaient passées…

 

 

« On a tous notre jardin secret…
- Je comprends, Gaby, je comprends. Mais si un jour tu as envie d’en parler, tu sais qu’on sera toujours là pour t’écouter.
- Je sais. »
Matthieu embrassa sa fille avant de la quitter, la laissant se perdre à nouveau dans ses pensées.

 

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