Après le départ de William,
Gabrielle s’était enfermé dans son mutisme. Pire que ça, en
plus de ne plus parler, elle ne mangeait plus, ne souriait plus, ne
bougeait plus. Elle restait allongée sur son lit, à fixer le
plafond. Cela faisait bien un mois qu’elle n’était pas
retournée à l’école. Cela faisait bien un mois qu’il
était parti.
Hélène ne supportait pas plus cette situation que Gabrielle. Mais
s’en était remise. Même si ce n’était plus comme
avant.
Alors qu’un jour, elle surprit une fois de plus Gabrielle
postée devant la fenêtre de sa chambre à guetter le facteur, voir
s’il déposait une lettre, un mot, une carte de William, elle
craqua. Hélène traîna sa fille adoptive jusqu’à la porte et
la mit dehors.

« Ne rentre pas avant
d’avoir fait un tour et pris l’air. On ne te supporte
plus Gaby. Je ne te supporte plus ! »
Gabrielle ne réagit pas. Ni le froid, ni le vent - bien
qu’elle n’était qu’en T-shirt - ne la réveilla.
Elle avança sans but ni raison. Si bien qu’elle finit sur la
grande place. Face au restaurant où William l’amenait souvent
déjeuner.
Lorsque tous les souvenirs d’eux deux ensemble revinrent, ce
fut le choc de trop. Elle cria. Mais son cri était atténué par sa
voix éreintée. Mais son cri était étouffé par les larmes
qu’elle ravalait.

Alors elle restait là,
debout à attendre que quelqu’un cri pour elle. Que
quelqu’un pleure avec elle. Cette personne, ce fut Joe.
L’asiatique, désemparée par la détresse de la jeune femme qui
pleurait au beau milieu de la place et qu’elle connaissait de
vue, allant dans la même école, s’était approchée puis avait
demandé :
« Pourquoi pleures-tu? Est-ce utile ? »

Gabrielle n’avait
pas répondu mais s’était glissée dans les bras de Joe,
séchant ses larmes sur la veste de celle-ci.
C’était fini.
Gabrielle avait repris du poids, reparlait de nouveau et était
retournée à l’école. Elle disait qu’elle allait bien,
qu’elle ne comprenait pas mais qu’elle acceptait. Non,
tout le monde savait qu’elle n’acceptait pas,
qu’elle n’allait pas mieux. Tout le monde savait
qu’elle s’enfermait encore dans sa chambre et passait
son temps à écrire de longues lettres auxquelles il ne répondait
jamais. Tout le monde savait qu’elle espérait encore
qu’il revienne et qu’il lui dise que tout cela était un
mauvais rêve. Mais il n’écrivait pas ; il ne revenait
pas.