Chapitre I

CHAPITRE I  (Chapitre I) posté le mardi 28 juillet 2009 12:06



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03  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:08


Accroupie devant la pierre grise, Gabrielle débarrassait la tombe de son père des pétales de fleurs fanés et de la poussière accumulée. Ses lèvres s'étirèrent en un triste sourire et une larme jaillit du coin de son œil.
« Ça fait dix ans jour pour jour aujourd’hui, papa… »
Elle baissa la tête et ajouta plus bas :
« Et tu me manques toujours autant… »

 

 

Elle déposa le bouquet de feuillages et de fleurs sauvages qu'elle avait cueilli tout près.
« Déjà dix ans, et pourtant, je m’en suis toujours pas remise, hein… Déjà dix ans mais je me sens toujours aussi coupable. Si je n’étais pas allée chercher ce fichu ballon. Si je n’avais pas traversé la route à ce moment là. Tu seras encore là, avec moi... »
Un rire resta coincé au fond de sa gorge pour mourir en un sanglot. La chaleur déposait sur sa peau une fine couche de sueur et formait sur Gabrielle comme une couverture étouffante, oppressante. Le soleil était bien haut dans le ciel pour un début de printemps.
Alors elle s'allongea sur son flan, versant des larmes en mémoire de son défunt père.


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04  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:11


« Papa ! Papa ! Tu es rentré ! S'égosillait Gabrielle, du haut de ses huit ans.
- Ma puce, je suis là, mais par pitié, arrête de crier, rit Geoffrey. »




L'homme la réceptionna dans ses bras avant de la soulever et de baiser les joues de sa fille.
« Dis, tu joues à la balle avec moi ?
- D’accord, puce. Mais pas longtemps. »
Sous l’arbre, Gabrielle riait aux éclats. Geoffrey réceptionnait les passes maladroites de sa fille sans difficulté, mais elle...
Une passe un peu trop forte, une passe loupée. Le ballon passa par-dessus le portail et roula sur le macadam. La petite fille se précipita sur la route pour récupérer sa balle. Tandis qu’une voiture roulait un peu trop vite…
« Attention, Gaby ! Hurla désespérément Geoffrey, qui l’avait suivie. »
Gabrielle releva la tête. La voiture n’eut pas le temps de freiner. Geoffrey s’était déjà jeter sur sa fille.




Faisant de son propre corps un bouclier pour protéger son enfant. Le choc fut tel que l’homme fut projeté en avant, entraînant avec lui Gabrielle ; sa tête retomba lourdement sur le bitume. Un triste jeu de balle qui causa la mort d’un homme ; la mort d’un père, la mort d’un mari.


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05  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:12

 

« Ce n'est pas prudent de rester dans un cimetière la nuit. »
Gabrielle sursauta et étouffa un cri avant de se reprendre. Elle s'était endormie et la nuit était déjà tombée. Plongée dans cette obscurité, le cimetière n’était plus l’endroit paisible où l’on venait se recueillir.

 

 

Un jeune homme était debout, penché sur elle. Le coin de sa bouche se releva en une esquisse de sourire et ses yeux brillèrent de malice.
Le soleil avait disparu à l'horizon, emportant avec lui les derniers rayons chauds et pesants.
L'inconnu la dévisageait encore de son regard inquisiteur puis il s’accroupit à son niveau. Elle ne fit pas mine de reculer, apeurée mais la frayeur était là. L'homme se pencha davantage et elle put enfin voir son interlocuteur. Il était aussi jeune qu'elle, grand et blond. Son visage était agréable au regard et la jeune femme le détailla, rougissante.
Brusquement, une ombre, furtive et agile, frôla le bras nu de Gabrielle, la faisant tressaillir. Elle se blottit d'instinct dans les bras de cet inconnu. Il lui sourit, amusé, et lui ébouriffa d'un geste tendre les cheveux. Ce geste l'émut. Il n’y avait que William pour lui caresser les cheveux avec tant d’affection. Mais il n'était plus là.

 

 

Le jeune homme était secoué de spasmes irréguliers et semblait étouffer des gémissements. La jeune femme eut un mouvement de recul. Il... riait ?
« Tu dors dans un cimetière et un chat de gouttières te fait peur ? Vraiment, je n'ai jamais vu ça ! S'esclaffa-t-il. »
Gabrielle se renfrogna et repoussa virulemment l'inconnu qui riait encore.
« Il y a un problème à ça ? Attaqua-t-elle.
- Ça va, ça va, je m'excuse mais c'est tellement risible ! »
Doucement, sans la brusquer, le jeune homme la repris dans ses bras. Gabrielle pouvait le repousser. Mais elle ne le fit pas. Il ressemblait tellement à William. Pas physiquement, mais par sa douceur, par son rire et son sourire... Alors elle décida de lui faire confiance. Tant pis s’il lui arrivait quelque chose. Rien que pour retrouver cette sensation, elle aurait tout donné. Alors, capitulant, elle ferma les yeux.
Le jeune homme calqua sa respiration sur celle de la jeune femme pour que des deux souffles, n'en reste plus qu'un. Leur symbiose était parfaite. Capturée par la chaleur humaine, bercée par la douce brise de vent alors que l’homme lui chuchotait à l’oreille une chanson, Gabrielle se rendormit, rejoignant la belle Morphée. Son sommeil était sans rêve ni cauchemar. Un sommeil sans vie. Cette nuit-là, le ciel était constellé d’étoiles.

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06  (Chapitre I) posté le mercredi 19 août 2009 19:13


Le lendemain matin, ne restait de l'inconnu qu’un souvenir de son étreinte. Ses mains autour de son corps. C’était impossible que ça dure. C’était impossible qu’elle reste pour l’éternité dans les bras de cet inconnu rien que pour se croire dans les bras d’un autre.
« Apparemment, c’est l’heure de rentrer… »
Gabrielle soupira de dépit. Alors qu’elle se levait, un enfant vint la percuter de plein fouet.



 

« Désolée madame, je n’ai pas fait exprès, s’excusa le garçon.
- Ce n’est pas grave, bonhomme. »
L’enfant la fixait. Gabrielle ne put s’empêcher de sourire tendrement face à cette bouille angélique et innocente.
« C’était qui ? Demanda-t-il brusquement, sans savoir qu’il était impoli. »
Une élégante dame s’approcha également et posant sa main sur l’épaule du garçon, intervint :
« Chéri, ce n’est pas une question à poser. »



 

Cette voix. Ce visage. Que le monde est petit… Le choc passé, Gabrielle se figea et son visage se ferma.

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