« Ce n'est pas prudent de rester
dans un cimetière la nuit. »
Gabrielle sursauta et étouffa un cri avant de se reprendre. Elle
s'était endormie et la nuit était déjà tombée. Plongée dans cette
obscurité, le cimetière n’était plus l’endroit paisible
où l’on venait se recueillir.

Un jeune homme était debout, penché
sur elle. Le coin de sa bouche se releva en une esquisse de sourire
et ses yeux brillèrent de malice.
Le soleil avait disparu à l'horizon, emportant avec lui les
derniers rayons chauds et pesants.
L'inconnu la dévisageait encore de son regard inquisiteur puis il
s’accroupit à son niveau. Elle ne fit pas mine de reculer,
apeurée mais la frayeur était là. L'homme se pencha davantage et
elle put enfin voir son interlocuteur. Il était aussi jeune
qu'elle, grand et blond. Son visage était agréable au regard et la
jeune femme le détailla, rougissante.
Brusquement, une ombre, furtive et agile, frôla le bras nu de
Gabrielle, la faisant tressaillir. Elle se blottit d'instinct dans
les bras de cet inconnu. Il lui sourit, amusé, et lui ébouriffa
d'un geste tendre les cheveux. Ce geste l'émut. Il n’y avait
que William pour lui caresser les cheveux avec tant
d’affection. Mais il n'était plus là.

Le jeune homme était secoué de
spasmes irréguliers et semblait étouffer des gémissements. La jeune
femme eut un mouvement de recul. Il... riait ?
« Tu dors dans un cimetière et un chat de gouttières te fait peur ?
Vraiment, je n'ai jamais vu ça ! S'esclaffa-t-il. »
Gabrielle se renfrogna et repoussa virulemment l'inconnu qui riait
encore.
« Il y a un problème à ça ? Attaqua-t-elle.
- Ça va, ça va, je m'excuse mais c'est tellement risible ! »
Doucement, sans la brusquer, le jeune homme la repris dans ses
bras. Gabrielle pouvait le repousser. Mais elle ne le fit pas. Il
ressemblait tellement à William. Pas physiquement, mais par sa
douceur, par son rire et son sourire... Alors elle décida de lui
faire confiance. Tant pis s’il lui arrivait quelque chose.
Rien que pour retrouver cette sensation, elle aurait tout donné.
Alors, capitulant, elle ferma les yeux.
Le jeune homme calqua sa respiration sur celle de la jeune femme
pour que des deux souffles, n'en reste plus qu'un. Leur symbiose
était parfaite. Capturée par la chaleur humaine, bercée par la
douce brise de vent alors que l’homme lui chuchotait à
l’oreille une chanson, Gabrielle se rendormit, rejoignant la
belle Morphée. Son sommeil était sans rêve ni cauchemar. Un sommeil
sans vie. Cette nuit-là, le ciel était constellé
d’étoiles.